Béatrice Bantman
Denoël
152 pages
14,00 €
L’histoire de Louise, fille de déportés juifs survivants des camps. Louise devient femme dans les années soixante, rêve de liberté, et vit dans l’enfer de son histoire familliale lourde du harcèlement moral et des coups portés par son père sur son corps en pleine mutation. Le père, qui a perdu femme et enfant dans l’Holocauste, transpose sur elle toute la culpabilité, toute la violence de son passé. La mère, Mme Kramer, dit qu’elle est revenue d’Auschwitz, parce qu’elle était la plus belle femme du camp. Louise n’aime pas ses parents. 1987. Louise finit dramatiquement l’histoire d’amour de sa vie avec Pascal. Pascal qui la quitte parce qu’il a rencontré Anne avec qui il a « un véritable avenir ». Pascal, fils de déporté ou fils de collaborateur, menteur et manipulateur ? Aujourd’hui, Louise connait l’histoire de sa mère grâce au témoignage enregistré par la Fondation Spielberg pour la Shoah. Louise qui n’aura pas eu d’enfants pour la mémoire de ses parents et qui lui donne ce livre. Louise aime sa mère et aurait aimé aimer son père. Ecrit dans un style circulaire qui conte en trois temps la lente défragmentation de l’identité de Louise, un livre qui nous touche par ses portraits de femmes et d’homme aux destins brisés par la seconde guerre mondiale et dont rend compte la deuxième génération d’Art Spiegelman à Béatrice Bantman.
Mon traitre, Sorj Chalandon, paris, 2008, 276 p., 17,90.
Le traitre du journaliste et romancier Sorj Chalendon est Denis Donaldson, numéro deux de l’IRA. En 2005, quand le processus de paix est engagé, il avoue , lors d’un conférence de presse qu’il a trahi pendant vingt ans mais ne donne aucune raison. Le traitre du luthier parisien Antoine est Tyrone Meehan, haut-responsable de l’IRA. Le parcours est le même, la trahison semblable. Les noms sont différents car si on raconte une telle histoire à la première personne il faut changer l’innommable. Quand Sorj Chalendon apprend les aveux de Donaldson, il vient de rendre le manuscrit de la promesse, un livre qui traite de respect et de fidélité. Le choc est tellemnet immense qu’il entreprend d’en faire un livre, celui d’une belle amitié d’hommes dont il ne saura jamais si elle fût un seul instant vraie. Avant de terminer son récit Donaldson est assassiné sans qu’ils n’aient pu se revoir. Le personnage de Chalendon entreprendra, lui, un troublant voyage afin de fixer le regard de son traître. A lire aussi, l’article de Sorj Chalendon consacré à Denis Donaldson dans la revue XXI du mois de janvier 2008.
D. C.
Le Journal de Yaël Koppman
RUBINSTEIN. Marianne
Sabine Wespieser éditeur
Yaël Koppman, une Bridget Jones à la française ? C’est en tout cas ce qu’elle aspire à être, et ce que lui suggère de devenir sa cousine (et meilleure amie) Clara. Cette dernière lui propose en effet de se lancer dans la chick lit qu’elle traduit « littérature de poulette ». La référence au Journal de Bridget Jones (Helen Fielding, J’ai lu) est évidente puisqu’il s’agit là du journal d’une trentenaire célibataire, urbaine, et en proie à de nombreuses crises de doutes. Comme Bridget, Yaël dénombre au fil des pages les kilos qu’il lui reste à perdre. Elle aussi égrène les prénoms de ses amants potentiels. Mais Yaël est juive (et le répète), Yaël ne fume pas (et elle insiste), Yaël est une intellectuelle (et elle signe). Elle partage sans doute d’ailleurs toutes ces caractéristiques avec Marianne Rubinstein, l’auteur de ce « roman » (« Après tout, ce n’est qu’un roman » p. 214). Marianne Rubinstein aime à entrelacer la fiction et le réel et met en place un jeu de miroir. C’est aussi le cas de Yaël, son héroïne, qui cherche la clef de sa propre existence en se plongeant dans la lecture compulsive d’ouvrages autour du Bloomsbury Group.
Ce groupe d’intellectuels était surtout composé d’écrivains (Virginia Woolf, E.M. Forster notamment), et de peintres (Vanessa Bell, Duncan Grant, Roger Fry). Parmi eux on trouvait aussi l’économiste Maynard Keynes, dont Yaël (et on peut supposer Marianne) fait grand cas, elle qui explique la vie par l’économie et l’économie par la vie. Le personnage qui fascine le plus Yaël Koppman, c’est Angelica Garnett qui (pour faire court) est la fille de Vanessa Bell (elle-même sœur de Virginia Woolf) et de Duncan Grant, mais la fille adoptive de Clive Bell et la femme de David Garnett (lui-même épris de Vanessa Bell et amant de Duncan Grant).
Yaël se reconnaît en Angelica et cherche à cerner son histoire en lisant des œuvres critiques, des journaux intimes et des lettres dont Marianne Rubinstein cite de larges passages dans le livre. Il en résulte que si l’on veut comprendre quelque chose aux relations plus que complexes entre les membres du Bloomsbury Group, on peut lire Le Journal de Yaël Koppman, de même que si l’on veut lire de la chick lit à la française.
Mais pourquoi ne pas lire Angelica Garnett elle-même (Les deux cœurs de Bloomsbury, Paris : Le Promeneur, 2001, Trompeuse Gentillesse, Paris : Christian Bourgois, 1986) ?
Pourquoi ne pas regarder les tableaux de Vanessa Bell et Duncan Grant (Frances Spalding, The Bloomsbury Group, Londres : NPG, 1997) ?
Pourquoi ne pas lire les lettres de Virginia Woolf, ou encore mieux ses romans ?
Plus près du Bloomsbury Group et plus loin de la chick lit, surtout à la française…
C. B.