Sélection du message

samedi 25 octobre 2008

Courir de Jean Echenoz


Né dans une famille modeste dont il est le sixième enfant, il doit travailler dès l'âge de 16 ans dans une fabrique de chaussure à Zlín. C'est par ce travail qu'il fera ses débuts en athlétisme. Sa société l'oblige un jour à participer à une course dont elle est le sponsor. Il ne finira que deuxième mais ce sera pour lui le début de sa carrière sportive.

Rentré dans l'armée en 1945 pour y remplir son service militaire, il continue dans cette carrière. Il y trouve des conditions favorisant son entraînement. C'est également par cette carrière qu'il fit la connaissance de sa future épouse, Dana, qui était la fille de son colonel à l'époque. Ce futur couple présentait une curiosité: ils étaient nés exactement le même jour.

Pour sa première grande participation internationale, il termine 5e du championnats d'Europe d'athlétisme 1946 à Oslo. Pour sa première participation aux jeux Olympiques, lors de l'édition de Londres, en 1948, il remporte le 10 000 mètres, et termine deuxième derrière le Belge Gaston Reiff dans le 5 000 mètres. Ces jeux, il faillit ne pas les disputer : en effet, des « officiels » prirent comme prétexte sa nomination à un grade supérieur, nomination obtenue en récompense de ses bons résultats précédents, pour essayer de le qualifier de professionnel ce qui l'aurait exclu automatiquement des Jeux.

C'est le début d'une domination sur le fond: dès l'année suivante, il établit par deux fois le record du monde du 10 000 mètres, distance sur lequel il restera invaincu entre 1948 et 1954, remportant 38 courses. Il devient également le premier à franchir la barre des 20 km parcourus dans l'heure avec 20,052 km.

Le point culminant de la carrière de la « locomotive tchèque » se présente avec les jeux Olympiques d'Helsinki. Ce surnom lui vient d'un journaliste français, comme le raconte son épouse Dana : « Il a dessiné Emil comme une locomotive trainant ses concurrents comme des wagons ».

Cette édition des Jeux olympiques a failli être privée de sa présence. Les autorités tchèques refusent à un coureur de 1 500 mètres, Stanislav Jungwirth de se rendre à Helsinki sous le prétexte que le père de celui-ci est un opposant au parti communiste. Il décrète alors qu'il ne participera pas aux Jeux si son compatriote n'est pas autorisé à participer également. Dans un premier temps, les autorités refusent de céder. Puis après quelques jours, le parti cède et les deux athlètes se rendent finalement à Helsinki.

La première épreuve qu'il dispute est le 10 000 mètres. Très tôt, ses adversaires disparaissent, incapables de suivre le rythme du Tchèque. Le dernier à le suivre est le Français Alain Mimoun qui doit céder aux 8 000 mètres. Il termine premier avec 120 mètres d'avance sur le Français.

La deuxième épreuve de son programme est le 5 000 mètres. Parmi ses concurrents au départ figure le champion en titre, le Belge Gaston Reiff, l'Anglais Chris Chataway, l'allemand Herbert Schade et le Français Mimoun. A 300 mètres, il semble en difficulté après le départ de Chataway suivi de Mimoun. Puis il revient, les dépasse dans le dernier virage et s'impose, Mimoun terminant à la 2e place. [4]. Lors de la même journée, il voit sa femme Dana triompher lors de l'épreuve du javelot. Vient alors le dernier jour de compétition en athlétisme et l'épreuve du marathon. C'est la première fois qu'il s'aligne sur cette distance en compétition. Son principal adversaire est le le britannique Jim Peters qui détient la meilleure performance sur la distance en 2h20'42". Celui-ci, agacé par ses déclarations qui pense courir en 2h15, s'échappe dès le départ. Mais au 19e km, le Tchèque revient et lance même une accélération qui est fatale au Britannique. Son dernier adversaire, le Suédois Gustaf Jansson le laisse partir un peu plus tard. Son arrivée dans le stade olympique est un triomphe.

Il se retire après le marathon des jeux Olympiques de Melbourne. Lors de cette édition, qu'il dispute seulement six semaines après avoir été opéré d'une hernie, il est distancé à peu près à la mi-course et finira 6e. A son arrivée, après être resté longtemps couché sur la pelouse, il se relève et va vers Mihalic qu'il croit être le vainqueur. Le Français Alain Mimoun lui annonce sa victoire. Il se met alors au garde-à-vous devant son ami et vainqueur du jour, et déclare : " Alain, je suis heureux pour toi!"

Après sa carrière sportive il est nommé colonel et travaille au Ministère de la Défense jusqu'au printemps de Prague de 1968. Proche de Alexander Dubček qui prône un Socialisme à visage humain, il est surpris par l'invasion russe. Il se rend alors en pleine rue et doit improviser un discours à la demande des gens qui scandent son nom : il invite alors les armées d’occupation à respecter une trêve olympique.
Il devient victime de la répression soviétique : il est radié de l'armée et forcé à faire son autocritique. Il est exclu de l'armée, du parti communiste et condamné à ne pouvoir exercer que des métiers manuels ( dont éboueur dans les rues de Prague ). Il est aussi envoyé dans les mines d'uranium de Jáchymov où il reste jusqu’en 1974.

En 1988, le président Tchèque Vaclav Havel lui décerne le Lion Blanc, un honneur national.

Le quadruple champion olympique tchèque s'est éteint à l'âge de 78 ans le 22 novembre 2000. Il avait auparavant souffert de pneumonie et d'une fracture du bassin.

Il fut récompensé à titre posthume de la Médaille Pierre de Coubertin par le président du CIO Juan Antonio Samaranch. Cette médaille est attribuée par le CIO aux sportifs qui ont démontré leur sportivité lors d'épreuves olympiques.

Le dessinateur Coucho a publié en 2006 une bande dessinée "Zatopek, les années Mimoun".

Le romancier Jean Echenoz lui a consacré en 2008 un roman, "Courir".

Wikipédia.

Je rajoute : de part le style, l'ironie et la légèreté du travail d'Echenoz, lire "Courir" est absolument jubilatoire.

Ascension de Ludwig Höhl


J'ai lu Ascension de Ludwig Höhl. Il en fût beaucoup question entre Niort et La Rochelle le premier week-end d'octobre. On plaçait le texte entre celui de Renzo Biasion et de Robert Benchley pour le prix mémorable. Le livre, paru en 1975, a été réédité l'an dernier par les éditions Attila. Je n'en avais pas eu connaissance. L'éditeur pour me déniaiser a décidé de me l'envoyer.
Une belle édition : couverture blanche sous calque, souci typographique ; un bel éditeur : comme l'Arbre Vengeur, Finitude ou le Dilettante, l'intérêt pour les écrivains maudits, les grands textes oubliés du XXème siècle. Ceux qui resteront.
C'est donc un chef d'oeuvre. Comme pour "la Route", paru en début d'année, l'écriture est minimaliste. L'auteur a porté ce texte trente ans, remanié cent fois.
Deux hommes entreprennent l'ascension d'un sommet alpin dans les années 1920. Durant la course une tempête provoque le renoncement de l'un deux. L'autre poursuit jusqu'à l'absurde. Ils succomberont tous deux.
Les critiques, depuis la parution, sont unanimes. Ils ont raison. Nous réparons aujourd'hui cet oubli : lisez Ascension.

Fontanel, Brigitte, feuilleton 1

Vous trouverez dans ce feuilleton des notes de lecture et autres sur les média culturels, un air du temps.
Ce jour, en déballant les nouveautés, une petite colère contre un livre d'une grande bêtise. La mode veut que l'on relise l'histoire à l'aune du jour et que Alain Minc s'improvise historien (en se défendant de son incompétence par une incompétence crasse sous la férule douteuse du grand historien des annales Fernand Braudel), adonc paraît "l'histoire de France dessinée" chez Gallimard Jeunesse par l'éclectique Béatrice Fontanel (je sais "léglechtischme" n'est pas forcément une mauvaise chose en soi) qui passe du manchot empereur à une certaine persistance dans la synthèse des études sur la représentation imagée de l'histoire de France (vous trouverez sa bibliographie sur la toile) et son dessinateur "historique" attitré Maurice Pommier ("Henri IV" etc.).
Le Monde (ex-journal) et Larousse (ex-éditeur) ont réédité l'édifiante (mais intéressante) "histoire France en bande-dessinée" tout au long de l'été en l'adjoignant d'une vigoureuse critique de Nicolas Offenstadt. Dessinée aussi par deux auteurs italiens en herbe Toppi (redécouvrons la Légende du Potosi) et Manara (dont le trait a su transcender comme personne les formes de la foi de Jeanne d'Arc), cette histoire taille la route à travers les clichés de tous les âges de nos vaillants gaulois à la béatitude giscardienne. En réaction (si elle est politique ce n'est qu'éditoriale) Gallimard publie la sienne, moins bandante et pour un public moins averti.
Pourtant avertissement il y a. Béatrice Fontanel, n'ayant pas connu le bon vieux Fernand de son vivant, à droit à un préambule de Guy Lobrichon, médiéviste, ayant oeuvré sous la direction de Georges Duby (ouf, l'honneur est sauf). Comme une didascalie, il donne quelques indications aux auteurs afin qu'ils "reconstituent l'anatomie d'un pays qui mérite de rester grand".
Donc l'autopsie sur un mode mineur : ils taillent dans le bide, et même dans le gras du bide, des clichés jusqu'à la moelle (comme le notait l'Ossevatore Romano, en 2004, à propos du christianisme : la lymphe de l'Europe), de nos gaulois à nos bons immigrés appelés à devenir... ministre (et pourquoi pas président tant qu'on y est).
Bref, c'est con ni sensuel et ça dégouline de tous bords comme le cadavre de la France.
Et pendant ce temps le monde s'écroule.