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samedi 12 novembre 2016

L'homme qui a vu la rocade qui a vu l'ours...

J'avais déjà évoqué la dernière publication du fils du polémiste et patron de presse Philippe Tesson, Sur les chemins noirs. Je comptais en rester là, mais voilà le livre s'ouvre sur une carte de France de l'hyper-ruralité mise en miroir avec celle de son itinéraire à pied. Le second traçant une diagonale à travers le pays suivant les territoires de l'hyper-là. Dans le rapport établit en 2015 par le sénateur de la Lozère, le rural profond s’appelle donc désormais l’hyper-rural. Il couvre 26 % du territoire et accueille 5,4 % de la population. Il est caractérisé « par le vieillissement, l’enclavement, les faibles ressources financières, le manque d’équipements et de services, le manque de perspectives, la difficulté à faire aboutir l’initiative publique ou privée, l’éloignement et l’isolement sous toutes leurs formes ». C'est dans ce cadre que le sieur Tesson, géographe khâgneux aux genoux homonymiques suite à sa chute d'un toit chamoniard alors qu'il séjournait chez le sieur Rufin, autre apôtre de la diagonale pédestre française, pour peu qu'on lise les cartes, compte s'en aller par les chemins cachés, bordés de haies, par les sous-bois de ronces et les pistes à ornières reliant les villages abandonnés. On comprend vite que ses désirs et le cadre du rapport ne correspondent pas, que tout géographe qu'il est, il a mal lu la carte, comme un Napoléon en Russie, et qu'il va être déçu, et qu'il va encore nous faire rire, parce que son itinéraire passe par chez nous, et si Dupond(t) était là il dirait même plus, il passe devant nos deux librairies, à Oraison et à Lurs.
Quittant le Mercantour où il croise un héros à la Giono (est-ce un Panturle, un Langlois, un Angelo Pardi ou bien un Clef-des-coeurs) il arrive dans nos contrées par le mauve plateau de Valensole, un 4 septembre, où il trouve une terre, lavée de produits chimiques, pour la parfumerie et le miel, dans un silence de parking, sans un seul vrombissement dans l'air, la lutte contre les insectes ayant été remportée, en ce début septembre où la lavande a été cueillie, que les abeilles ont à faire par ailleurs et qu'il faut bien deux ou trois d'entre-elles pour aboutir au miel. Glissant du plateau, il bascule dans l'enfer à Oraison. Passons le jeux de mots laid, Oraison, funèbre endroit, qui tient de l'ignorance étymologique et des jambes lourdes après des jours de marche, passons le substantif agglomération pour définir une simple bourgade, passons l'utilisation du concept anthropologique de non-lieu que son créateur Marc Augé décrit comme un espace qui ne peut se définir ni comme identitaire, ni comme relationnel, ni comme historique qui n'a de raison d'être, ici, que dans sa marche pressée qui lui fait parcourir ses chemins noirs tel le TGV qu'il prend pour aller de Paris à Nice pour commencer son périple, mais arrêtons-nous à l'emploi du terme rocades au pluriel pour désigner la départementale et les mauvaises voies qui traversent le centre-ville quand on sait qu'au singulier, c'est l'arlésienne locale. Suit un long pensum plein de ces clichés sur une ruralité aux quatre visages avant qu'il ne quitte Oraison par un pont sur la Durance, le pont de la Brillanne, pour monter par les oliviers à Lurs. Passons quelques considérations sur l'alcoolisme pour s'attarder sur celles dévalorisant le village : paysage qui se borne à être ce qu'il est, village-musée, pour lecteurs de Pagnol. Un paysage pollué par le vrombissement des activités des rives de la Durance (confer le non-vrombissement des abeilles sur le plateau), à la vue gâchée par les hangars des paysans et des autoroutes, apposé au village-musée où il ne voit pas un seul paysan. À quoi reconnaît-il un paysan dans une commune aux productions essentiellement agricoles ? À son tracteur garé sur la place, son béret, sa gitane maïs ? Quant au village pagnolesque, mort dès que septembre renvoie les typographes, résidents secondaires et touristes à leurs préoccupations, il propose une bien piètre muséographie et même si, sous l'égide municipale on voudrait accéder à cette labellisation peu enviée, il est loin d'y parvenir. À peine arrivé dans les anciennes Basses-alpes, le dénommé Tesson ne cite plus Giono et encore moins dans ce lieu qui doit beaucoup sa réédification à Giono, qui fait face à la montagne de Giono et où se déroulent les rencontres de Lure créées, entre autres, par Giono. Giono ? L'anti-pagnol justement ! Après avoir conclu rapidement que les paysans avaient changé de métier, passant par Ganagobie, où il assiste à une table ronde interreligieuse dont il ne retient que la marque des armes des gardes du corps d'un rabbin présent  (en fait, Richard Prasquier, ancien président du C. R. I. F. dont on se doute qu'il bénéficie d'une garde rapprochée suite aux attentats de janvier), la présence de l'archevêque émérite d'Alger, Mgr Henri Teissier, omettant de noter celle de l’imam de Villeurbane, Azzedine Gaci et concluant d'un mauvais départ du dialogue interreligieux, sans autre forme de procès, alors qu'il y aurait à développer pour le fils de Philippe Tesson, il aboutit à Notre-Dame de Lure où, Lucien, l'ermite, qui fait du Tesson sans le savoir, est en train de lire le récit d'un type qui s'est enfermé dans une cabane au bord du Baïkal, lac de Sibérie peuplé d'ours et de touristes fortunés, pour lecteurs de Sylvain Tesson.

dimanche 8 mai 2016

Catherine Poulain le 26 mai 2016 à Lurs à 19h00

La librairie l'Arbousier à Lurs vous invite jeudi 26 mai 2016 à 19 h 00 à une rencontre avec  

Catherine Poulain à l'occasion de la parution chez les éditions de l'Olivier de son roman 

 « Le grand marin »




« Il faudrait toujours être en route pour l'Alaska. Mais y arriver à quoi bon. J'ai fait mon sac. C'est la nuit. Un jour je quitte Manosque-les-Plateaux, Manosque-les-Couteaux, c'est février, les bars ne désemplissent pas, la fumée et la bière, je pars, le bout du monde, sur la Grande Bleue, vers le cristal et le péril, je pars. Je ne veux plus mourir d'ennui, de bière, d'une balle perdue. De malheur. Je pars. Tu es folle. Ils se moquent. Ils se moquent toujours – toute seule sur des bateaux avec des hordes d'hommes, tu es folle … Ils rient. …. »




Catherine Poulain commence à voyager très jeune. Elle a été, au gré de ses voyages, employée dans une conserverie de poissons en Islande et sur les chantiers navals aux U.S.A., travailleuse agricole au Canada, barmaid à Hong-Kong, et a pêché pendant dix ans en Alaska. Elle vit aujourd’hui entre les Alpes de Haute-Provence et le Médoc, où elle est respectivement bergère et ouvrière viticole. Le Grand Marin est son premier roman.

Lectures de
François Longchamp

jeudi 17 avril 2014

Note de lecture sur FESTIVAL de Stéphane VELUT




Après une parabole glaciale sur la montée du totalitarisme, le second roman de Stéphane Velut était attendu avec un mélange de curiosité et d’appréhension. Comment dépasser l’insoutenable tension de Cadence dont la prose impeccablement rythmée conduisait le lecteur tout au long d’une montée dans une tranquille horreur, l’histoire de cette petite fille sadiquement reconstruite, encore vivante, en poupée de cuir, de ressorts et d’acier ? Changeant radicalement de sujet et de style avec Festival, Stéphane Velut ne déçoit pas, mais intrigue…
Comme un avertissement, l’exergue choisie emprunte au Voyage au bout de la nuit de Ferdinand Céline : « Les riches n’ont pas besoin de tuer eux-mêmes pour bouffer ». Nous sommes prévenus, les personnages que nous allons rencontrer empruntent plus au grotesque qu’au pseudo raffinement des beaux quartiers, et le style délibérément choisi, plus au parler des faubourgs qu’à la langue de Molière. Et pourtant, passée les premières impressions déstabilisantes, on se prend à s’intéresser à ces personnages gouailleurs, à leurs comportements qu’épouse un style aussi heurté (désarticulé ?) que leur survêt vieil orange et leurs lunettes irisées de cycliste, limite vulgaire, à leur pauvre histoire dont la banalité finit par devenir émouvante.
Flink « a l’air d’un con », mais l’auteur, jamais très loin, nuance : « vite dit » ! Et sa pauvre mère, qui d’entrée l’exhorte sans y croire : « Flink il faudrait pas te foutre dans une histoire de meurtre »… Sûr qu’il va s’y foutre, tout en lui lâchant « bougonne pas c’est le grand jour, ce soir c’est la surprise »…un festival !
D’ailleurs on y est au Festival, celui de Cannes, mais pas sur la Croisette, au camping de la Muette… Et si Flink, toujours lui, rêve de voir un jour Hélène sa copine « poser son cul rond et élastique sur le siège en cuir noir, maroquin doux pleine fleur d’une Triumph spitfire 1963 rutilante », mais « on n’en est pas là », c’est bien sur son scooter pourri qu’il la fait monter, sentant « appuyés contre lui, la rondeur et le poids de ses seins ».
On devine déjà qu’on ne part pas pour le casse du siècle, qu’on n’aura pas droit à un plan à la Spaggiari… Qu’est-ce qui fait alors qu’on ne laisse pas tomber, qu’on se laisse même prendre peu à peu à cette pauvre histoire menée par de pauvres bougres dans leur foutue caravane, posée au milieu des choux et des poireaux, et dont l’exiguïté ne perd pas de se voir tout entier dans un miroir ?
Le regard de l’auteur ! Un regard que traduit un style fort ou tremblé, tout d’audace et de retenue, d’impudeur et de tendresse. Un regard tendrement ironique autant que séduit par cette vie brute et obstinée, celle qui se dégage de ces vies minuscules portées par des certitudes assénées tranquillement, des rêves aussi triviaux qu’épiques, et qui force sinon notre admiration du moins notre sympathie. Et qui nous tient en haleine jusqu’au bout du roman, même si nous savons dès les premières pages, que ça va mal finir…C’est à nous qu’Hellène, Meert et Flink « expliquent tout ça, les choses de la vraie vie » (pour reprendre leurs mots). Et c’est en cela que la tentative de Stéphane Velut nous atteint, nous touche et peut-être nous blesse…
François Longchamp.

samedi 18 janvier 2014

Retour sur le prix Goncourt

Edouard et Albert, les deux héros du dernier Goncourt Au revoir, là haut, font irrésistiblement penser aux Pieds Nickelés, la célèbre BD dont la parution en 1908, précéda de quelques années seulement les aventures dont il est question ici, durant la Grande Guerre. Ceux qui aiment les histoires bien ficelées vont se régaler dans ce qui est autant un vrai délire qu’une savante construction. Il est vrai que l’auteur n’en est pas à ses débuts et a montré bien avant ce livre, sa maîtrise des scénarios de romans policiers. Aussi, les rebondissements ne manquent-ils pas, depuis l’ensevelissement initial d’Albert dans ce gigantesque trou d’obus, à la cote 113, jusqu’à l’envol final d’Edouard, ailes en plumes collées sur le dos, aux portes de l’hôtel Lutétia, à Paris. Le rythme du récit reste assez soutenu pour tenir le lecteur en haleine durant ses 567 pages, avec cette minutieuse mise au point d’une arnaque qui excite l’un, le poilu à la gueule cassée, et terrorise l’autre, son sauveur devenu son ami et complice d’infortune.
Mais c’est aussi là que le bât blesse… La grande fresque d’une tragédie d’après-guerre (le sort que subirent les rescapés à leur retour, parfois pire que la guerre elle-même), est recouverte par cette BD foisonnante où le comique le dispute sans cesse à l’horreur. Ca n’a plus figure humaine, pas plus qu’Albert qui a perdu la mâchoire inférieure et finit par porter des masques dérisoires, à la réalisation desquels contribue la petite fille de la concierge, nullement impressionnée... L’incroyable de la situation finit par emporter la crédibilité des héros, sur lesquels d’ailleurs, l’auteur porte toujours un regard fort distancié. L’amer « ah Dieu, que la guerre est jolie ! », et ses accents sarcastiques, fait place à « quelle est jolie l’arnaque ! » : on peut penser qu’on y perd un peu…

 François Longchamp

vendredi 29 novembre 2013

A propos du livre d’Agnès Desarthe, Comment j’ai appris à lire



Ni mémoire d’enfance, ni manuel pédagogique, le beau récit d’Agnès DESARTHE « Comment j’ai appris à lire », pourrait plutôt faire partie des écrits de résistance… Touchante histoire, non pas au sens de l’émotion qu’elle soulèverait mais au sens où elle nous percute : ne serions-nous pas de ces lecteurs qui nous laissons envahir par nos lectures, consommateurs de livres comme d’autres produits qu’on saurait, à grands coups de prix littéraires (ou de convenances sociales), nous faire acheter et lire ?
C’est au contraire, sa peur d’être envahie par quelque chose d’extérieur à soi, un texte perçu comme une menace, une intrusion insupportable (fut-ce un grand texte comme Flaubert ou Proust !) qui, pendant plus de dix ans, dissuade Agnès Desarthe de lire quoi que ce soit, alors qu’elle écrit depuis l’âge de sept/huit ans. Et de nous narrer avec humour les acrobaties auxquelles ce rejet instinctif la contraint, non seulement au lycée mais jusque dans les classes préparatoires à Normal’Sup… pour enfin nous faire découvrir avec elle, en fouillant dans son histoire familiale, la clé de cet étrange malaise… qu’on ne dévoilera pas ici !
Les rencontres avec plusieurs femmes (toutes des Mmes B...) vont finalement avoir raison de ce qui l’aurait finalement aussi privée d’écriture. Et puis un renversement s’opère, lorsque Agnès Desarthe se lance dans la traduction. On a là quelques pages aussi fines que superbes sur ce métier, intitulées « quand traduire, c’est dé-lire », où, en place de l’invasion intrusive d’un texte, a fortiori dans une langue étrangère, surgit la possibilité d’une collaboration intime entre auteure et traductrice, allant jusqu’à des modifications textuelles pour respecter l’esprit et le génie de la langue « à faire passer au tamis ». Mais alors se lève en miroir, l’autre question : pourquoi écrit-on ? L’amorce de réponse dans le dernier chapitre, laisse espérer qu’Agnès Desarthe nous régalera un jour d’un autre récit sur le sujet…


François Longchamp

mercredi 7 août 2013

C'était Catherine B. de Marina V.

Catherine B. (Binet) était la compagne de Georges P. (Pérec). Morte en 2006, elle a laissé un film, "Les jeux de la Comtesse Dolingen de Gratz", invisible, un documentaire sur son défunt mari, "Te souviens-tu de Gaspard Winckler", jamais plus rediffusé, un livre, "Les fleurs de la Toussaint", introuvable.

Marina V. (Vlady) a beaucoup souffert, avec beaucoup de dignité, toujours. Contrairement à Catherine B. (Binet), elle a fait face à la mort des hommes illustres qui ont partagé sa vie que ce soit Vladimir V. (Vissotsky) ou Léon S. (Schwartzenberg).

Anecdote (en russe, une bonne blague) : la rencontre avec Schwartzenberg donne lieu à un délicieux quiproquo quand Marina V. (Vlady) mange chez le couple B. (Binet)-P. (Pérec) et leur annonce qui est son nouvel amoureux. Tous les deux deviennent "presque hostiles", "la conversation" est "plombée par de lourds silences", son histoire d'amour provoque "un malaise". Un mois après Georges P. (Pérec) meurt d'un cancer. Bon sang mais c'est bien sûr.

Catherine B. (Binet) sombra dans la déchéance à la mort de son compagnon. Une longue agonie de 24 ans. Elle aurait mérité, 7 ans après sa mort, après tant de réflexion, un autre tombeau que celui-ci.

Jason Murphy de Paul Fournel


Vicente est un contributeur de Wikipedia. Les «Vicente Sources d'intérêt» sont : religions monothéistes, littérature à contrainte (Oulipo), sciences dures, linguistique. La dernière de ses nombreuses contributions depuis 2006 datait du 29 avril 2012 et concernait Pierre Culliford dit Peyo, l'auteur des Schtroumpfs. Oulipien ou pataphysicien, il ne s'est pas moins désocculté près d'un an après en créant une nouvelle page le 23 avril 2013 à 21:02. La nouvelle page concerne un poète américain appartenant à la Beat Generation, proche d’Allen Ginsberg et, surtout, de Lawrence Ferlinghetti : Jason Murphy. Quelques modifications mineures concernant la biographie et les notes et références sont effectués jusqu'à 21:10. Dans l'intervalle, à 21:05, Vicente a ajouté un hyperlien à la notice française de Ferlinghetti. Ce soir là, Jason Murphy est né à la postérité numérique. Une Anecdocte (Le Grand Robert distingue : 1 : particularité historique, petit fait curieux dont le récit peut éclairer le dessous des choses ; 2 : récit d'un petit fait curieux ; 3 : dans un tableau, scène accessoire qui ne constitue pas le sujet principal) relève notre attention en conclusion de l'article : un roman de l’écrivain oulipien Paul Fournel emprunte le nom de Jason Murphy pour son titre (Paris, POL, 2013) et revient sur l’affaire du rouleau.

Deux mois plus tard, le lundi 24 juin, l'écrivain oulipien, et aussi régent occupant pataphysiquement la chaire de Vélocipédie théorique & pratique du collège de 'Pataphysique, surgissant à grande vitesse dans une cour du musée Granet d'Aix, à peine descendu de son TGV, modifié retard SNCF, venait présenter ledit roman Jason Murphy à une quarantaine de libraires, estampillés Sud de la France, rangés façon rame de train le long du mur dudit musée Granet. Ceci dit, il en dit peu (le retard SNCF non escompté rendant le temps compté), peu de Murphy, peu d'extraits, pendant que Marie Darrieussecq déglutissait derrière lui quelques biscuits de soirée Delacre qu'elle faisait passer avec le mauvais café fourni à pleines carafes par le redit musée Granet.

Une fois que Marie Darrieussecq eut digéré et que intervenants et libraires eurent arpenté l'exposition Le grand atelier du Midi du reredit musée Granet comme des hussards un 2 décembre sur le plateau de Pratzen, tout ce beau monde mis en appétit par la discrète mastication de l'auteure de Truismes allèrent caler leurs fessiers plus ou moins étroits dans les malcommodes chaises de jardin à la cantine improvisée pour les éditions P.O.L dans un salon du premier étage de la brasserie Les deux G. sur le cours Mirabeau. Justement, nous voici face à face, Paul Fournel et moi. Je l'interpellai sur sa citation du Ventoux au milieu de ce roman Beat générationnel moi qui vient de grimper le Faron. Il me répondit Laure, Pétrarque et poésie, vu que le roman traitait de poésie, de poète et donc de Laure et de Pétrarque. Je lui rétorquai Anquetil tout seul, il pirouetta disant à l'adresse de son ami ancien représentant, assis à mes côtés, que ça lui avait valu la une du Monde et les meilleures critiques qu'il n'ait jamais eues : à la limite du commercial, donc. P.O.L omet d'inscrire à la bibliographie du Jason Murphy ce dernier livre, c'est dire. Au cours du repas, Paul Fournel ne revint à la vélocipédie qu'à travers le récit d'un petit fait curieux (voir Anecdote) se rapportant à la figure d'André Dupont dit Aguigui Mouna qui parcourait Cannes et Paris en philosophant, la barbe fleurie, sur son vélo. Aguigui Mouna disait justement à ce propos : «Le jour où un vélo écrasera une auto, il y aura vraiment du nouveau.»

C'est un roman d'espionnage. Jason Murphy aurait écrit un rouleau (scroll) comme Kerouac mais avant Kerouac. Une bombe. Et Marc Chantier dit le joli professeur détiendrait ce rouleau précurseur. L'édition se met en branle, plus ou moins volontairement selon l'âge de ses éditeurs et justement envoie une pute tirer le marc de son jus afin d'y voir plus clair. Du même temps, celui-ci, un brin taquin, s'avise d'accepter la direction d'un diplôme de fin d'études sur le poète beatnik. Avant que l'étudiante, Madeleine, commence sa recherche, il lui demande de pas oublier que Jason Murphy n'est pas un bon écrivain, ce qui n'est pas d'une audace démesurée. L'histoire, à défaut de finir en eau de boudin; s'achève, comme il se doit, dans celle des égouts de San Francisco.

Pour compléter la lecture de ce livre, je recommande la lecture de la traduction (introuvable) que Marcel Duhamel a faite aux éditions du Scorpion en 1954 de Sailing Shoes, les semelles de vent, de Jason Murphy. Justement, je vous rappelle la parution dernièrement aux éditions Finitude du n° 4 de la revue Capharnaüm consacrée à l'histoire véridique et lamentable des éditions du Scorpion et de son éditeur Jean D'Haluin. Également, je recommande la lecture de l'article Jason qui rit sur Jason Murphy de Jean-Pierre Énard, paru dans les Nouvelles littéraires à Paris en 1982. Est-ce grâce à Jean-Pierre Énard que Paul Fournel découvrit Jason Murphy et eut vent de l'histoire du Scroll ? C'est bien possible puisque Paul Fournel édita pour le compte des éditions Ramsay, en 1987, le recueil érotique de Jean-Pierre Énard, Contes à faire rougir les petits chaperons, alors qu'il était le directeur de la Bibliothèque rose chez Hachette. Ce dernier livre n'est pas introuvable mais indisponible chez l'éditeur Finitude (c'est pas pareil, ah non ! c'est pas pareil) qui l'avait édité en 2010.

Le 24 juin 2013, au soir, on apprenait que L. Jalabert était dopé pendant le Tour de France 1998. Le 14 juillet 2013 en plein cagnard avant la sortie de l'étouffante forêt domaniale de Bédoin, à quelques centaines de mètres du Chalet Reynard, un mutant doté de la raideur gracieuse d'une mante religieuse, nommé C. Froome, gesticula tant sur son vélocipède qu'il fit fondre le bitume jusqu'à faire dévisser ses poursuivants et déraper en plein direct live les commentateurs de France Télévisions. Saisi par la beauté surnaturelle de sa victoire au sommet du Ventoux, C. Froome se pâma en ces nuées d'azur comme une précieuse à l'écoute d'un Trissotin. Quelques jours plus tard l'Equipe, l'organe central d'ASO, la société organisatrice du Tour de France, se fendit d'un article aussi fumeux que les pensées à l'arrivée du vainqueur du mont de Pétrarque pour justifier les étonnantes performances de son champion. Le 24 juillet 2013 quelques noms furent ajoutés à la liste des dopés de 1998 par le Sénat.

Y-a-t-il vraiment du nouveau ? Pas que je sache, les coureurs cyclistes n'ont toujours pas écrasé de voitures.



jeudi 30 mai 2013

Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix de Giono

À la date du 3 janvier 1939, dans "le salon de lecture" d' "Alger républicain", Albert Camus donnait la lecture suivante de la "Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix" de Jean Giono.

"Cette petite brochure de Giono s'adresse aux paysans et, par certains de ses accents, constitue un réquisitoire violent (mais non sans nostagie) contre l'ouvrier. On en jugerait mal cependant si on ne savait pas que, dans le dernier numéro des "Cahiers du Contadour", Giono est revenu sur sa position et a précisé que, devant les évènements de septembre 1938, désespérant de la classe ouvrière, il s'est adressé aux paysans comme au dernier espoir des hommes pacifiques.
Quoi qu'il en soit, et dégagée de l'actualité, cette "Lettre" ne s'oublie pas facilement. Giono s'est débarrassé, à ce propos, de tout lyrisme et privée de la surabondance poétique qui l'alourdit si souvent, sa phrase est ici rapide et nette. Si je puis dire elle est "parlante". On serait même tenté de croire, à la lire, que Giono est moins poète quon ne le croit et qu'à sa façon, il se rattache à cette lignée de prosateurs moralistes qui figure assez bien la tradition littéraire de la France. On en juge, du moins, au bon sens dévastateur et à l'impitoyable lucidité qui font le prix de cette "Lettre".
Mais, à lire ces pages éloquentes sur la pauvreté et la paix, cet appel passionné pour une vie paysanne mesurée, les pieds sur la terre, loin de l'argent et des spéculations d'État, on comprend mieux, toutes proportions gardées, ce que peut signifier le mot de prophète.
Jusqu'ici c'était un monsieur à la barbe qui disait des choses magnifiques et violentes dans une langue pas toujours comprise. Mais on prend conscience, devant cette "Lettre", que ce devait être un homme qui parlait à d'autres hommes le langage de leur coeur avec leurs mots de tous les jours.
Je ne sais pas si cette Révolution individuelle et non violente dont parle Giono est possible. Mais je sais qu'aucune n'est possible si elle n'a commencé dans le cœur et l'esprit de ceux qui comptent la faire. L'échec de tant de révolutions tient peut-être à cette idée. Cela suffit pour comprendre et aimer le message singulier de Giono. Il est quelque chose de plus qu'une actualité sans avenir."

Présenté par Alexandre Chollier, le texte est réédité joliment dans la collection "feuilles d'herbes" des Éditions Héros-Limite. La présentation est un peu courte, même si elle renvoie à une rapide bibliographie, et aurait mérité un peu plus de précisions. Le texte est contemporain de la crise des sudètes, et Giono lui-même, apporta immédiatement, suite aux évolutions de cette crise et son règlement par les accords de Munich quelques "Précisions". Tel est le nom du pamphlet publié par Grasset en janvier 1939 et, donc, pré-publié, dans la septième livraison des "Cahiers du Contadour" et vers lesquels nous renvoie Camus dans sa lecture. Je vous y renvoie aussi, par ailleurs, dans la Pléiade. En attendant une réédition critique plus complète, la "Lettre" s'appréciera par delà le temps et les époques et comme conclut Alexandre Chollier, "Elle nous engage à questionner une société occidentales (et ses épigones) se pensant et se donnant en modèle unique, refusant de fait toute contestation ; même lorsque la survie des populations paysannes d'ici ou d'ailleurs - et donc par là-même la sienne propre - est en jeu."

vendredi 17 mai 2013

Capharnaüm 4 est paru.

En 1955, Nestor Burma revenu de tout et même plus, revient, au court d'une filature dans le 6ème arrondissement, rue Lobineau. Il passe devant les éditions du Scolopendre. Le scolopendre est une charmante espèce de mille pattes vorace dont la morsure est très douloureuse et que le capitaine Haddock a entré à son répertoire d'injures. Léo Malet ne rendait pourtant pas hommage au dessinateur rexiste repenti, loin s'en faut, mais à la maison d'édition du Scorpion créée au sortir de la guerre par Jean D'Halluin. Il publia sous les fameuses couvertures noire et rouge, les deux premiers volumes de la trilogie noire La vie est dégueulasse et Le soleil n'est pas pour nous. Fameuses, oui ! C'est sous ses deux couleurs que parut, en 1947, le premier livre d'un certain Vernon Sullivan traduit de l'américain par un trompettiste de jazz qui roulait au polar Boris Vian, J'irai cracher sur vos tombes. Chacun sait que ceci n'était qu'un pastiche, un canular au départ et que Vernon cachait son Boris. Cette affaire-là valu un tirage de 120000 exemplaires et un des plus célèbres procès de la littérature à son auteur et son éditeur.

Les éditions Fénitude, admirée par nous, ont la bonne idée de nous raconter tout ça dans leur quatrième livraison de la revue Capharnaüm en trois parties d'égal intérêt. La première est une biographie expéditive de Jean D'Halluin, sa gloire et sa déchéance éditoriale et physique. La seconde, la plus passionnante, repose sur le fonds de la correspondance de Raymond Guérin dont les éditions Finitude ont déjà publié la partie consacrée à Henri Calet et des extraits de celle échangée avec Malaparte. Cette correspondance, courte dans le temps s'achève brutalement au moment de la rupture du contrat qui lie les deux parties début 1951. C'est le moment où les éditions du Scorpion basculent dans la médiocrité en raison de la mauvaise gestion de Jean D'Halluin, ce qui entraine le départ des auteurs comme Vian, Queneau, Hyvernaud. Au fil des lettres, l'admiration, l'amitié cède le pas aux désaccords commerciaux tandis que Jean d'Halluin s'enfonce dans les prétextes et les excuses de plus en plus scabreux. La troisième partie nous présente le catalogue des publications de cette époque en belles couleurs rouge comme le sang et noire comme le scorpion.

Pour rendre hommage à cette sortie et à cet éditeur nous proposons les éditions actuelles des livres de Vernon Sullivan / Boris Vian, La trilogie noire de Léo Malet, les oeuvres complètes de Sally Mara / Raymond Queneau, La peau et les os de Hyvernaud. Espérons que Finitude ou Le Dilettante réédite un jour La main passe de Raymond Guérin, titre épuisé à ce jour.

jeudi 9 juin 2011

L'alcool et la nostalgie de Mathias Enard


Vous exagérez, cher monsieur. Et même vous vous trompez. Vous aurez beau chercher, vous ne trouverez rien. Cette fameuse âme russe n'existe pas. Les seules choses tangibles en sont l'alcool, la nostalgie et le goût pour les courses de chevaux. Rien de plus, je vous l'assure, écrivait Anton Tchekhov dans La Poste de Tver.
Placé en exergue du nouveau livre de Mathias Enard cette citation sonne comme un aveu. Parti à coups de mythes à la recherche de l'âme russe dans les premiers temps de la Russie post-soviétique, l'auteur se noie dans l'alcool et la nostalgie.
Aux heures chaudes de juillet dernier, sciant des planches d'étagères à livres au fond de mon gourbi, maculé de sueur et de sciure, j'écoutais, pour l'entrain, la première version radiophonique de ce texte donnée sur France Culture. La voix de Mathias Enard faisait de ma scie une plume et m'entrainait par le transsibérien jusqu'à Novossibirsk. Comme à chaque fois le même effet, amplifié au montage, dramatisé par les comédiens et le réalisateur.
J'ai pris le livre et l'ai lu à ma russe. J'avais encore les intonations de sa lecture. Je mettais des effets où ma russe n'entendait que des lourdeurs. J'avais le regard de Mathias Enard, des aubes empreintes de vodka, des artères staliniennes pleines de fantasmes, elle avait son vécu et toute sa littérature russe. Des écarts comme des satellites, Rolin, Kessel, autres regards croisés d'occidentaux se frottant au drame russe ne lui disaient rien.
J'ai relu pour moi le drame de Jeanne, Volodia et Mathias. Un voyage éteint exactement à mi-chemin entre Moscou et Vladivostock. En Sibérie, par ligne la plus droite, ou ailleurs par la ligne la plus courbe. Je l'ai lu comme une histoire d'avant l'alcool et la nostalgie. Magnifique.

Aux éditions Inculte, 13.90 €.

vendredi 3 septembre 2010

Rentrée 2010, L'amour est une île, Claudie Gallay


Après la Normandie, le sud et Avignon au moment du festival de la canicule et de la grève
des intermittents. Mathilde est revenue...dans sa ville, la ville où elle a
connu et aimé Odon avec qui elle a travaillé et grâce à qui elle est
devenue celle qu'elle est maintenant : La Jogar, une comédienne célèbre.
La ville traverse un été aussi mouvementé que ses personnages.
Claudie Gallay crée, à nouveau, une galerie de personnages forts, atypiques
et toujours attachants. Les amateurs adoreront.
Noëlle C.

Rentrée 2010, Le coeur régulier, Olivier Adam


Après le décès accidentel de son frère, Sarah part sur les traces de son
dernier voyage au japon. Elle laisse, derrière elle, son mari et ses enfants
pour affronter, seule, sa peine
Encore un personnage de femme en quête de vie, de mort, d'elle-même.
C'est un roman de sensation, de ressenti. J'ai beaucoup aimé, un peu moins la
fin mais bon.
Noëlle C.

Rentrée 2010, Le Front russe, Jean-Claude Lalumière


Enfin évadé de la maison de son enfance « marron », le jeune Boully décroche un poste au Ministère des Affaires Étrangères. Son but est d'utiliser le Quai d'Orsay comme un quai de départ vers les destinations lointaines aux sonorités pittoresques pour satisfaire sa passion du voyage. Hélas, du labyrinthe administratif et des couloirs obscurs de la diplomatie, les sorties ne sont pas évidentes. Surtout au « Front russe » : bureaux chargés, entre autres figures géométriques, des relations parallèles avec les leaders de l'opposition des pays en voie de création, section Europe de l'Est et Sibérie. Désillusions dérisoires. Un nouveau livre d'humour lumineux aux éditions du Dilettante.

Viktoria M.

dimanche 22 août 2010

Rentrée 2010, Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants de Mathias Enard



Il est un malentendu.
A la rentrée 2008, un livre, comme tant d'autres, défraie, médiatiquement (autant dire vainement), la chronique. Un livre qui n'a pas de point (faux). Zone écrit par Mathias Enard. D'emblée, comme un Patrick Besson, je me refuse à sa lecture. Et puis...
Il y a un week-end à Niort, ouaté, entre mutuelles et dimanche pluvieux plein de la mortitude de l'appétissante région. A l'invitation des Librairies Initiales, Mathias Enard vient à notre rencontre. Lecture (et quel lecteur), débat(et quel débat), repas(et quel repas). Et je plonge dans son livre picaresque, nourrit au sein de l'érudition d'orient et d'occident et ce voyage en train (déjà) qui nous mène au loin. Et puis...
A Paris, en marge du Salon du Livre, pour la remise de notre prix Initiales, et lui, encore, au cours d'un repas. Le personnage est rond et fécond, il lit les mots de Claro. Et puis...
Cet été, en Arles, autour d'un buffet et toujours cet affable lecteur venu présenter son dernier livre, un pont entre orient et occident. Et puis...
Une autre histoire de train, de transsibérien, de Vladimir et de Jeanne, à la radio, le temps d'une semaine d'été, avec la même voix et le même sens magique du récit. Alors...
Alors, laissez-vous prendre par son nouveau récit, aux errances perdues, oubliées de Michel-Ange. Un entre-deux culturel, un entre-deux sexuel à Istanbul d'un Michel-Ange parti construire le pont de la Grande Concorde sur le Bosphore. Un pont de grande paix, un pont vers l'univers de Mathias Enard.

samedi 21 août 2010

Rentrée 2010, Bifteck de Martin Provost



On démarre par du saignant, un conte onirique sanglant, le plein de protides, une mise en bouche littéraire, de quoi dévorer la rentrée.
Pendant la Première Guerre Mondiale, un boucher aux mains pleines rend fou les femmes par sa maîtrise de l'onglet et de la reproduction sexuellement assistée. Elles font la queue dans son magasin, et lui, grand saigneur, leur rend bien.
La guerre finie, les onglets sur les hanches, les maris affamés dégobillés par l'armée, le boucher, bien embêté, hérite des fruits de son labeur : 7 bébés. Comme on dit : les vaches ne font pas des cochons.

samedi 25 octobre 2008

Courir de Jean Echenoz


Né dans une famille modeste dont il est le sixième enfant, il doit travailler dès l'âge de 16 ans dans une fabrique de chaussure à Zlín. C'est par ce travail qu'il fera ses débuts en athlétisme. Sa société l'oblige un jour à participer à une course dont elle est le sponsor. Il ne finira que deuxième mais ce sera pour lui le début de sa carrière sportive.

Rentré dans l'armée en 1945 pour y remplir son service militaire, il continue dans cette carrière. Il y trouve des conditions favorisant son entraînement. C'est également par cette carrière qu'il fit la connaissance de sa future épouse, Dana, qui était la fille de son colonel à l'époque. Ce futur couple présentait une curiosité: ils étaient nés exactement le même jour.

Pour sa première grande participation internationale, il termine 5e du championnats d'Europe d'athlétisme 1946 à Oslo. Pour sa première participation aux jeux Olympiques, lors de l'édition de Londres, en 1948, il remporte le 10 000 mètres, et termine deuxième derrière le Belge Gaston Reiff dans le 5 000 mètres. Ces jeux, il faillit ne pas les disputer : en effet, des « officiels » prirent comme prétexte sa nomination à un grade supérieur, nomination obtenue en récompense de ses bons résultats précédents, pour essayer de le qualifier de professionnel ce qui l'aurait exclu automatiquement des Jeux.

C'est le début d'une domination sur le fond: dès l'année suivante, il établit par deux fois le record du monde du 10 000 mètres, distance sur lequel il restera invaincu entre 1948 et 1954, remportant 38 courses. Il devient également le premier à franchir la barre des 20 km parcourus dans l'heure avec 20,052 km.

Le point culminant de la carrière de la « locomotive tchèque » se présente avec les jeux Olympiques d'Helsinki. Ce surnom lui vient d'un journaliste français, comme le raconte son épouse Dana : « Il a dessiné Emil comme une locomotive trainant ses concurrents comme des wagons ».

Cette édition des Jeux olympiques a failli être privée de sa présence. Les autorités tchèques refusent à un coureur de 1 500 mètres, Stanislav Jungwirth de se rendre à Helsinki sous le prétexte que le père de celui-ci est un opposant au parti communiste. Il décrète alors qu'il ne participera pas aux Jeux si son compatriote n'est pas autorisé à participer également. Dans un premier temps, les autorités refusent de céder. Puis après quelques jours, le parti cède et les deux athlètes se rendent finalement à Helsinki.

La première épreuve qu'il dispute est le 10 000 mètres. Très tôt, ses adversaires disparaissent, incapables de suivre le rythme du Tchèque. Le dernier à le suivre est le Français Alain Mimoun qui doit céder aux 8 000 mètres. Il termine premier avec 120 mètres d'avance sur le Français.

La deuxième épreuve de son programme est le 5 000 mètres. Parmi ses concurrents au départ figure le champion en titre, le Belge Gaston Reiff, l'Anglais Chris Chataway, l'allemand Herbert Schade et le Français Mimoun. A 300 mètres, il semble en difficulté après le départ de Chataway suivi de Mimoun. Puis il revient, les dépasse dans le dernier virage et s'impose, Mimoun terminant à la 2e place. [4]. Lors de la même journée, il voit sa femme Dana triompher lors de l'épreuve du javelot. Vient alors le dernier jour de compétition en athlétisme et l'épreuve du marathon. C'est la première fois qu'il s'aligne sur cette distance en compétition. Son principal adversaire est le le britannique Jim Peters qui détient la meilleure performance sur la distance en 2h20'42". Celui-ci, agacé par ses déclarations qui pense courir en 2h15, s'échappe dès le départ. Mais au 19e km, le Tchèque revient et lance même une accélération qui est fatale au Britannique. Son dernier adversaire, le Suédois Gustaf Jansson le laisse partir un peu plus tard. Son arrivée dans le stade olympique est un triomphe.

Il se retire après le marathon des jeux Olympiques de Melbourne. Lors de cette édition, qu'il dispute seulement six semaines après avoir été opéré d'une hernie, il est distancé à peu près à la mi-course et finira 6e. A son arrivée, après être resté longtemps couché sur la pelouse, il se relève et va vers Mihalic qu'il croit être le vainqueur. Le Français Alain Mimoun lui annonce sa victoire. Il se met alors au garde-à-vous devant son ami et vainqueur du jour, et déclare : " Alain, je suis heureux pour toi!"

Après sa carrière sportive il est nommé colonel et travaille au Ministère de la Défense jusqu'au printemps de Prague de 1968. Proche de Alexander Dubček qui prône un Socialisme à visage humain, il est surpris par l'invasion russe. Il se rend alors en pleine rue et doit improviser un discours à la demande des gens qui scandent son nom : il invite alors les armées d’occupation à respecter une trêve olympique.
Il devient victime de la répression soviétique : il est radié de l'armée et forcé à faire son autocritique. Il est exclu de l'armée, du parti communiste et condamné à ne pouvoir exercer que des métiers manuels ( dont éboueur dans les rues de Prague ). Il est aussi envoyé dans les mines d'uranium de Jáchymov où il reste jusqu’en 1974.

En 1988, le président Tchèque Vaclav Havel lui décerne le Lion Blanc, un honneur national.

Le quadruple champion olympique tchèque s'est éteint à l'âge de 78 ans le 22 novembre 2000. Il avait auparavant souffert de pneumonie et d'une fracture du bassin.

Il fut récompensé à titre posthume de la Médaille Pierre de Coubertin par le président du CIO Juan Antonio Samaranch. Cette médaille est attribuée par le CIO aux sportifs qui ont démontré leur sportivité lors d'épreuves olympiques.

Le dessinateur Coucho a publié en 2006 une bande dessinée "Zatopek, les années Mimoun".

Le romancier Jean Echenoz lui a consacré en 2008 un roman, "Courir".

Wikipédia.

Je rajoute : de part le style, l'ironie et la légèreté du travail d'Echenoz, lire "Courir" est absolument jubilatoire.

mercredi 25 juin 2008

Les forcenés



L'été en France commence par le tour de France.
Et à Oraison c'est tous les étés, à croire que le reste du pays n'est plus carrossable.
Bien sûr, comme le dit Philippe Bordas, le cyclisme n'est plus qu'un spectacle, une farce grotesque et ridicule.
Toutefois, en attendant que vos enfants se jettent sous les roues de la caravane publicitaire pour un mauvais stylo, un échantillon de cosmétique ou une casquette (à glisser sous le casque ou à ranger dans la poche du maillot sous une chasuble jaune fluo), je vous propose, les pieds en éventail, le cul dans la chaise pliante et le combi MP3 à fond, de lire ce grand hommage au cyclisme du temps des tenues et cuissards de laine, du temps où les coureurs souffraient et transpiraient sur leurs vélos, crevaient du poids de leurs machines dans les montées et descendaient à tombeau ouvert, sans filet, sur des routes mal goudronnées.
L'auteur est un sensible, un impressionniste qui nous raconte son Anquetil, son Coppi ou son Hinault.
Sans concession à la nostalgie et sans éluder quoi que ce soit, y compris, bien sûr, le dopage.
Dès le début du livre, il place son essai dans l'ombre de Pierre Chany, le grand journaliste cycliste et par le titre même, les forcenés, à la suite des forçats de la route ainsi qu'Albert Londres, le journaliste, avait qualifié les coureurs quand il avait suivi la grande boucle pour le compte du Petit Parisien en 1924. Et que dire de plus qu'il est digne de cette ascendance là.

Forcenés, de Philippe Bordas, Fayard , 19 €.
Les forçats de la route, de Albert Londres, Arléa, 5,5 €.

Sur la mort d'Albert Londres


Et puisque on en parle et que les éditions Arléa nous le remettent au goût du jour, je vous conseillerais aussi de lire le scénario de Régis Debray sur les circonstances suspectes de la mort d'Albert Londres. En 1932, Albert Londres est à Shangaï, ville divisée en concessions occidentales qui trafiquent avec les triades et qui est sous la menace de l'avancée japonaise. Il fait un reportage dont il affirme à son journal, avant de rentrer, qu'il est explosif : « Je ramène de la dynamite ». Le paquebot qui le conduit en France coule au large de la côte des Somalis. Il fait partie des victimes. Il avait pris soin de confier un double du reportage à des amis. Ceux-ci, rescapés du naufrage, meurent dans un accident d'avion dans les Dolomites. Personne ne lira plus jamais le dernier texte du Grand Reporter. Pourquoi ? Vous le saurez en lisant ce petit livre trépidant comme un Tintin au pays du Lotus Bleu.

Sur la mort d'Albert Londres, de Régis Debray, Arléa, 7€.

vendredi 8 février 2008

La plus belle


Béatrice Bantman
Denoël
152 pages
14,00 €


L’histoire de Louise, fille de déportés juifs survivants des camps. Louise devient femme dans les années soixante, rêve de liberté, et vit dans l’enfer de son histoire familliale lourde du harcèlement moral et des coups portés par son père sur son corps en pleine mutation. Le père, qui a perdu femme et enfant dans l’Holocauste, transpose sur elle toute la culpabilité, toute la violence de son passé. La mère, Mme Kramer, dit qu’elle est revenue d’Auschwitz, parce qu’elle était la plus belle femme du camp. Louise n’aime pas ses parents. 1987. Louise finit dramatiquement l’histoire d’amour de sa vie avec Pascal. Pascal qui la quitte parce qu’il a rencontré Anne avec qui il a « un véritable avenir ». Pascal, fils de déporté ou fils de collaborateur, menteur et manipulateur ? Aujourd’hui, Louise connait l’histoire de sa mère grâce au témoignage enregistré par la Fondation Spielberg pour la Shoah. Louise qui n’aura pas eu d’enfants pour la mémoire de ses parents et qui lui donne ce livre. Louise aime sa mère et aurait aimé aimer son père. Ecrit dans un style circulaire qui conte en trois temps la lente défragmentation de l’identité de Louise, un livre qui nous touche par ses portraits de femmes et d’homme aux destins brisés par la seconde guerre mondiale et dont rend compte la deuxième génération d’Art Spiegelman à Béatrice Bantman.

Mon traître




Mon traitre, Sorj Chalandon, paris, 2008, 276 p., 17,90.

Le traitre du journaliste et romancier Sorj Chalendon est Denis Donaldson, numéro deux de l’IRA. En 2005, quand le processus de paix est engagé, il avoue , lors d’un conférence de presse qu’il a trahi pendant vingt ans mais ne donne aucune raison. Le traitre du luthier parisien Antoine est Tyrone Meehan, haut-responsable de l’IRA. Le parcours est le même, la trahison semblable. Les noms sont différents car si on raconte une telle histoire à la première personne il faut changer l’innommable. Quand Sorj Chalendon apprend les aveux de Donaldson, il vient de rendre le manuscrit de la promesse, un livre qui traite de respect et de fidélité. Le choc est tellemnet immense qu’il entreprend d’en faire un livre, celui d’une belle amitié d’hommes dont il ne saura jamais si elle fût un seul instant vraie. Avant de terminer son récit Donaldson est assassiné sans qu’ils n’aient pu se revoir. Le personnage de Chalendon entreprendra, lui, un troublant voyage afin de fixer le regard de son traître. A lire aussi, l’article de Sorj Chalendon consacré à Denis Donaldson dans la revue XXI du mois de janvier 2008.

D. C.