
Tout nouveau, tout beau le nouveau guide de lecture d'été des libraires du groupement initiales. Des conseils en tout genre pour tous les genres à lire sur le site des librairies initiales
Oraison




Et puisque on parle de Tintin et que les éditions Dupuis ont la magnifique idée de mener une collection de « one-shot », sorte de carte blanche donnée à des auteurs pour créer une aventure inédite de Spirou et Fantasio, je vous conseillerais aussi de lire ce journal de formation d'un des personnages les plus célèbres de la BD franco-belge.
Car Emile Bravo réussit magnifiquement à dépasser le cadre conventionnel de la bande-dessinée pour enfant. Premièrement l'histoire se passe à l'été 1939 dans un grand- hôtel Bruxellois où semble se jouer le destin de l'Europe. Tandis que Hergé, à cette époque, déconscientise son reporter du Petit Vingtième (à l'exception de quelques situations et gags malheureux dans la première édition de l'Etoile mystérieuse parue dans le journal rexiste Le Soir) Spirou prend conscience du drame qui se noue dans les bras d'une jolie espionne russe (on le comprend). Mais la morale sera sauve et Fantasio saura le ramener dans le droit chemin, ainsi finit le reportage dans la jungle politique et enfin les vraies aventures de nos deux héros pourront commencer. Quand la ligne claire dérive il est fortement question d'Hergé dans cette BD conçue comme un miroir déformant à un Tintin de guère et alors que tout le monde fait l'autruche et rentre dans sa case, Spip, l'écureuil, divague sur les flots de sa conscience.
Un journal imprévu.
Spirou, le journal d'un ingénu, de Emile Bravo, Dupuis, 13€.
La bande dessinée par ailleurs. Angoulême 2003 rendait hommage à nos chers disparus Schuiten, Sokal, Sampayo et… Reiser. Institutions. Tandis que les enfants de Bourgeon, Giraud ou Julliard, BD de cinéma, BD grand spectacle, longues séries, squattent les bacs, disputent le gras du libraire aux mangas, je régresse, à la recherche d’un goût, je me souviens : de mes premiers Tintin, et d’un petit cousin italien qui criait « Tinetine » en découvrant, enchanté, ma collection (incomplète). Il y avait, aussi, le vrai coutelas d’ivoire de mammouth de Rahan en plastique souple, gadget de la revue Pif le chien (je préférais Hercule), le journal de Tintin, le journal de Spirou, et même (je l’avoue) le journal de Mickey, dont mes petites voisines, les filles du berger, avaient une série inépuisable. C’étaient des plaisirs enfantins. La pauvre écrin de la bibliothèque du village avait quelques perles en dépôt, comme « Le singe » de Milo Mannara, qui m’ouvrirent d’autres horizons. Je plongeais, alors, avec délices dans les romans BD : Pratt, Tardi, Bilal, Forest, Boucq, les anti-héros de Jean-Claude Denis et de Benoit Sokal, les troublantes de Comès ou de Jean-Claude Servais. De Futuropolis, Casterman, des Humanos ou d’ailleurs.
Puis, désenchanté, puis.
Les pôles de la BD actuelle se trouvent aux marges. Les collections Aire Libre, chez Dupuis, Poisson Pilote, chez Dargaud, n’en sont que la face émergée. Le reste, à la suite de David B., Baudoin, Trondheim et l’aventure de l’Association, c’est une BD adulte qui s’assume, héritière des auteurs des années 70 (d’Amérique plus que de l’école franco-belge, plus RAW, Spiegelman, Crumb, Clowes, plus Jimmy Corrigan que Marcinelle ou Tournai), ni spectaculaire ni régressive, littéraire et créative, aux graphismes étonnants, noir et blanc, qui s’émancipe chez les éditeurs alternatifs Cornélius, Rackham, Les Requins Marteaux ou Ego comme X. C’est une famille, des ateliers, des échanges entre dessinateurs-scénaristes-éditeurs. Le champ couvert va du journal intime (Fabrice Neaud) à la parodie des comics (Cycloman de Berbérian), en passant par quelques titres cultes venus d’ailleurs : Les aventures de Lapinot, Persépolis, Isaac le Pirate, La guerre d'Alan.
D’ailleurs, un autre goût.
